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Sebta : Derrière les appels du 15 août, le piège des réseaux sociaux

Sebta : Derrière les appels du 15 août, le piège des réseaux sociaux

À peine deux semaines après les événements qui ont secoué la frontière de Ceuta les 30 et 31 juillet, les réseaux sociaux s’enflamment de nouveau. Une date circule désormais avec insistance : le 15 août. Des publications, vidéos et messages partagés sur Facebook, Instagram et d’autres plateformes appellent les jeunes à tenter une nouvelle traversée vers Sebta.

Le scénario est troublant parce qu’il ressemble à celui qui a précédé les événements de fin juillet.

À l’époque déjà, les réseaux sociaux avaient joué un rôle considérable dans la mobilisation. Des informations trompeuses avaient notamment circulé autour d’une décision de la justice espagnole, laissant croire qu’une fois arrivé à Sebta, le passage vers une nouvelle vie en Europe serait presque acquis. Une interprétation largement erronée, mais suffisamment séduisante pour se propager à grande vitesse.

En quelques heures, une rumeur numérique peut ainsi devenir un mouvement de foule bien réel. C’est précisément là que réside le danger.

Car derrière les images de ceux qui réussissent à atteindre l’autre rive, combien d’autres images ne circulent pas ? Celles de jeunes épuisés, de familles qui cherchent leurs enfants, de personnes contraintes de rebrousser chemin et, surtout, de vies perdues en mer.

Les réseaux sociaux montrent volontiers l’arrivée. Beaucoup moins le prix de la traversée.

Qui est derrière ces appels ?

Qui lance ces mots d’ordre ? Qui choisit une date ? Pourquoi certains messages deviennent-ils soudainement viraux ? S’agit-il de simples initiatives individuelles, de groupes organisés, de réseaux profitant de la détresse des candidats à l’émigration ou d’opérations destinées à créer artificiellement un mouvement de masse ?

Les autorités des deux côtés de la frontière prennent suffisamment au sérieux ces nouveaux appels pour avoir renforcé leur dispositif sécuritaire. Les services espagnols ont également indiqué analyser les messages circulant sur les réseaux sociaux appelant à une nouvelle tentative le 15 août.  

Ce qui se joue dépasse donc largement une simple rumeur numérique.

La mécanique est redoutablement efficace : on fixe une date, on diffuse des vidéos, on laisse entendre que «tout le monde va y aller», que la frontière sera plus facile à franchir ou que ceux qui arriveront ne pourront pas être renvoyés. La répétition finit par donner à une information non vérifiée l’apparence d’une vérité.

Et lorsque des milliers de personnes commencent à y croire, l’infox cesse d’être virtuelle : elle produit des conséquences dans le monde réel.

L’envie d’un avenir meilleur est légitime. Les difficultés d’insertion professionnelle, le chômage, le sentiment que les opportunités sont insuffisantes et l’attraction exercée par l’Europe constituent des réalités qu’il serait irresponsable de nier.
La frustration réelle ne transformerait pas une rumeur en vérité.

Ceux qui  promettent l’Europe en quelques heures derrière l’écran d’un téléphone ne montrent ni la mer, ni le danger, ni l’horizon de l’action. 

La migration ne peut devenir un phénomène organisé par algorithmes interposés, où quelques publications virales suffisent à pousser des milliers de jeunes vers une frontière.

Les événements des 30 et 31 juillet devraient précisément servir de leçon collective. Les informations trompeuses diffusées sur les réseaux sociaux ont contribué à nourrir l’espoir d’un passage facile et à accélérer une mobilisation d’une ampleur exceptionnelle.  

Face aux nouveaux appels du 15 août, la réponse ne peut donc être uniquement sécuritaire. Elle doit également être informationnelle.

Institutions, médias, familles, éducateurs et plateformes numériques ont une responsabilité : démonter rapidement les fausses informations, expliquer les réalités juridiques et humaines de l’immigration irrégulière et aller chercher les jeunes là où la rumeur les atteint désormais en premier : sur leurs écrans.

Car derrière chaque téléphone se trouve une personne. Derrière chaque partage peut naître une décision. Et derrière certaines décisions, il n’existe malheureusement aucun bouton permettant de revenir en arrière.

Fatim-Zahra Ouriaghli

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