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Marché des carburants : Surveillance rapprochée

Marché des carburants : Surveillance rapprochée

Sous l’effet des tensions au Moyen-Orient, les prix des carburants sont vite repartis à la hausse au Maroc, impactant directement les ménages. Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence renforce son contrôle, tandis que l’Etat sort le chéquier.

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont ravivé la volatilité des marchés pétroliers internationaux et les prix des produits raffinés ont rapidement suivi.

Pour un pays comme le Maroc, qui importe plus de 90% de ses besoins énergétiques, la transmission est quasi mécanique. En quelques jours, les prix ont nettement progressé, avec près de 2 dirhams supplémentaires pour le litre du gasoil et 1,5 dirham pour celui de l’essence. Cette hausse rapide a un effet direct sur le pouvoir d’achat des ménages et les coûts d’exploitation des transporteurs. 

Mais si l’origine de la hausse est clairement identifiée, sa dynamique suscite des réserves. Simplement parce que chaque renchérissement des cours du pétrole sur les marchés internationaux se répercute rapidement sur les prix à la pompe au Maroc, tandis que les replis des cours mettent davantage de temps à se traduire par une baisse pour le consommateur.

Cette asymétrie alimente, logiquement, des doutes sur le bon fonctionnement du marché.Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence a réaffirmé, vendredi 27 mars dans un communiqué, les principes de la libéralisation : les prix doivent refléter les coûts réels, avec un décalage raisonnable.

«Dans un cadre de concurrence effective, les évolutions des prix sur le marché national doivent refléter, de manière proportionnée et dans des délais raisonnables, les variations observées sur les marchés internationaux, tout en tenant compte des contraintes liées à l’approvisionnement et au stockage», fait savoir le Conseil.

C’est précisément dans ce délai d’ajustement que se concentrent les interrogations. Pour y répondre, l’institution renforce son dispositif de contrôle. Elle va opérer «un suivi resserré et régulier du marché national des carburants», en examinant la formation des prix à chaque niveau de la chaîne, en analysant les marges et en scrutant les comportements des opérateurs.

Ainsi, assure le Conseil, «la périodicité du suivi sera exceptionnellement revue, passant d’un examen trimestriel à un monitoring mensuel, portant sur les prix du gasoil et de l’essence aux différents niveaux de l’approvisionnement et de la commercialisation».

L’objectif, in fine, est de détecter d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles, qu’il s’agisse d’ententes, de coordinations informelles ou d’abus de position dominante. Cette vigilance accrue prend tout son sens dans un marché caractérisé par une forte concentration, où quelques acteurs dominent l’essentiel de l’activité.

Le rôle du régulateur est alors déterminant pour garantir que la formation des prix repose sur des mécanismes concurrentiels réels et transparents. Autrement dit, cette régulation ne supprime pas les hausses, mais elle peut éviter qu’elles deviennent opaques ou injustifiées.

Parallèlement à cette intensification du contrôle, le gouvernement a activé un autre dispositif : le soutien aux transporteurs.

Cette mesure vise à atténuer l’impact de la hausse des carburants sur un secteur clé de l’économie. Elle doit permettre de contenir, au moins partiellement, les effets de diffusion vers les prix des biens et services. Cependant, cette réponse reste conjoncturelle et avait déjà fait l’objet de vives critiques quant à son efficacité, lorsqu’elle a été déployée pour contenir les effets de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sur l’économie nationale.

A l’époque, le gouvernement avait mobilisé une enveloppe globale de 7 Mds de DH, débloquée en plusieurs tranches entre mars 2022 et janvier 2024. Aujourd’hui, le véritable enjeu pour le gouvernement marocain est donc d’amortir au maximum les prix payés par le consommateur final.

Parce que ce choc énergétique mondial est appelé à se propager à l’ensemble des chaînes de valeur, le pétrole intervenant dans la production de plastiques, d’engrais, de produits chimiques ou encore de textiles, tandis que le gaz restant indispensable à l’industrie, à la production d’électricité et à l’agroalimentaire. 

L’Exécutif y parviendra-t-il ? Faudra-t-il activer d’autres mécanismes pour préserver le pouvoir d’achat des ménages si la crise persiste ? Quid des marges de manœuvre budgétaires ?

Voilà autant de questions qui s’inviteront dans le débat tant que le Maroc restera tributaire des importations énergétiques, puisque chaque tension géopolitique se traduira inévitablement par des variations de prix au niveau national.

 

F. Ouriaghli

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