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Refonte du système de santé: «La Haris tracera le cap sur le moyen et long terme»

Refonte du système de santé: «La Haris tracera le cap sur le moyen et long terme»

Le chantier de mise à niveau du système national de santé est lancé, avec notamment la création de la Haute autorité de régulation intégrée de la santé (Haris) et l'Agence marocaine des médicaments et des produits de santé.

On constate aujourd’hui un important déséquilibre entre l’offre des soins dans le secteur du privé et dans le secteur public, 90% des financements de la santé allant au secteur public.

Entretien avec Abdelmajid Belaïch, expert en industrie pharmaceutique et membre de la Société marocaine de l’économie des produits de santé.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

 

 

 

Finances News Hebdo : La refonte du système de santé a été présentée le 13 juin à la Chambre des représentants par le chef du gouvernement. Il est question de la création de la Haute autorité de régulation intégrée de la santé (Haris). Quels seraient les bénéfices de sa création ?

Abdelmajid Belaïche : La Haute autorité de la régulation intégrée de la santé (Haris) est un peu l’équivalent de la haute autorité de la santé française (HAS). Il s’agit d’une instance d’orientation stratégique et d’une autorité publique indépendante, à caractère scientifique, dotée de la personnalité morale et d’une autonomie financière. Haris sera liée à l’Etat, dont elle est indépendante par un contrat de performance. Elle aura un pouvoir coercitif qui lui permettra de sanctionner les acteurs du secteur de la santé. Sa vocation est d’abord scientifique. Elle sera certainement constituée d’un collège de scientifiques, avec à sa tête un hautcommissaire à la Santé, qui sera probablement nommé directement par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, vu l’importance de sa responsabilité. La chose la plus frappante dans le nouveau système de santé est qu’à sa tête on trouve non pas le ministre de la Santé, mais la Haris, qui coiffe le ministre de la Santé. Ce dernier sera réduit au rôle d’une courroie de transmission entre la Haris et les différentes composantes du secteur. Elle sera la principale autorité de santé et la source de pratiquement toutes les décisions. D’aucuns diront qu’il y a un problème démocratique et de la responsabilité du ministre issu d’une majorité élue qui se pose.

Toutefois, la mise en place de cette Haute autorité de santé offre deux avantages. Le premier est la continuité des politiques publiques en matière de santé. C’est la Haris qui tracera le cap de la santé sur le moyen et long terme. Il est en effet difficile de construire un système de santé sur un mandat ministériel de 5 ans. Or, notre pays a vu défiler, depuis son indépendance, plusieurs ministres de tutelle, chacun avec sa propre politique, ses stratégies et ses programmes. Du coup, le ministre de la Santé suivant faisait souvent table rase de certaines décisions de son prédécesseur. Rares sont les ministres de la Santé qui ont marqué le secteur ou ceux dont les décisions et programmes ont duré à ce jour. A chaque changement ministériel, il y a des changements de cap, avec un gaspillage de temps et de ressources. A noter tout de même les réalisations importantes et durables telles que les programmes de vaccination, la planification familiale… A cet effet, il y a le besoin d’une institution qui garantit la continuité des politiques publiques en matière de santé et de la pérenniser. Le deuxième avantage de la Haris est que les décisions en matière de santé ne seront pas issues uniquement du ministre, mais plutôt d’un collège de scientifiques. Ce dernier va mettre en place des stratégies et des programmes sur la base de diagnostics scientifiques et des états de lieux de la santé, mais aussi sur la base de l’évaluation des besoins de notre pays en matière de santé et ce, dans un environnement qui présente divers types de risques.

 

F.N.H. : Il est aussi question de la création de plusieurs agences de santé, dont l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé. Quels seraient les avantages d’une telle agence par rapport à la Direction du médicament et de la pharmacie actuelle ? 

A. B. : Le modèle d’une direction du médicament et de la pharmacie (DMP) faisant partie du ministère de la Santé a fait son temps. Le modèle d’une agence du médicament et de produits de santé est de plus en plus adopté. D’abord dans les pays occidentaux, puis par de nombreux pays en Afrique. La DMP a montré ses limites face à un secteur pharmaceutique qui a connu de nombreux développements. Cette administration est d’ailleurs totalement dépassée par les nombreuses demandes d’autorisations de mise sur le marché (A.M.M.) et autres autorisations pour les médicaments et produits de santé. Une agence des médicaments et des produits de santé est une entité indépendante du ministère de la Santé administrativement et financièrement. Elle aura suffisamment de ressources pour attirer et motiver les meilleures compétences dans tous les domaines relatifs au médicament et aux produits de santé.

 

F.N.H. : Avec la création de l’Agence du médicament et des produits de santé, le Maroc peut espérer abriter le siège de l’Agence africaine du médicament. Quel est votre point de vue ?  

A. B. : L’industrie pharmaceutique marocaine est l’une des plus anciennes du continent et les plus expérimentées. Elle est aussi la deuxième industrie pharmaceutique de l’Afrique. La DMP est aussi l’une des plus anciennes administrations de tutelle pharmaceutique, sans compter que de nombreux responsables d’agences africaines des médicaments et des DMP ont été formés au Maroc. Pour toutes ces raisons, notre pays dispose d’une grande légitimité face aux autres pays candidats pour héberger l’Agence africaine du médicament. Pour rappel, les pays candidats sont le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, le Sénégal et l’Ouganda. Dans le contexte de guerre médiatique actuelle avec le Maroc, l’Algérie fait de l’hébergement de l’Agence africaine du médicament une question de vie ou de mort…pour le régime des généraux algériens.

 

F.N.H. : Le chantier de mise à niveau du système de santé est lancé avec ces nouvelles réformes et annonces. Peut-on dire que le Royaume entame une nouvelle phase stratégique pour mener une nouvelle politique pharmaceutique nationale ?  

A. B. : Tel qu’il a été annoncé par le chef le nouveau système de santé n’est pas le fruit d’une reforme, mais bien d’une refonte totale et profonde. Elle constitue une révolution, voire un véritable «Big Bang à la santé» en mesure de relever de nombreux défis face à la mise en place de la couverture sanitaire universelle (CSU). Sa Majesté avait déjà donné le ton, en demandant non pas une réforme, mais une refonte du système de la santé. Cette refonte permettra de faire face aux besoins en soins liés au futur et ambitieux projet de la couverture sanitaire universelle. Pour rappel, la CSU intégrera 22 millions de citoyens supplémentaires dans l’assurance maladie, et qui s’ajouteront aux 11 millions de citoyens déjà couverts par l’AMO. Elle se traduira également par le basculement des patients Ramed dans la future CSU. Tout cela se traduira par une explosion de la demande en soins. Si en face il n’y a pas un système de santé robuste, avec un nouveau mode de gouvernance et une meilleure offre de santé qui doit coller autant que possible aux besoins en soins de la population, la CSU sera un échec, ce qui n’est pas envisageable. Dans le nouveau système de santé a été proposée la fameuse Haute autorité de régulation intégrée de santé ou Haris, et dont on a déjà parlé, mais aussi différentes agences de santé, dédiées aux médicaments et produits de santé, au sang et des agences régionales de développement de la santé (ARDS) qui sont les «filiales régionales» du système de santé marocain.

 

 

 

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