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Chômage : Gros investissements, petits résultats sur l’emploi

Chômage : Gros investissements, petits résultats sur l’emploi

Le PLF 2027 mise sur la formation et l’insertion pour répondre au chômage des jeunes. Une ambition confrontée à un double défi : l’ampleur des besoins d’insertion et le faible rendement des investissements en matière d’emploi.

Le chômage reste l’un des principaux défis économiques et sociaux du Maroc. Les derniers résultats du haut-commissariat au Plan donnent la mesure du problème. Au deuxième trimestre 2026, le Maroc comptait 1,121 million de chômeurs au sens strict, pour un taux de chômage de 9,5% contre 10,8% au premier trimestre. Ce taux atteignait 11,9% en milieu urbain contre 5,4% dans le monde rural. Les jeunes de 15 à 24 ans demeuraient les plus exposés, avec 27,2%, tandis que le chômage touchait 14,8% des femmes et 16,7% des titulaires d’un diplôme avancé.

Au-delà du chômage strict, le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui intègre également le sous-emploi lié à la durée du travail et la main-d’œuvre potentielle, atteignait 18,9% au niveau national et 41,7% chez les 15-24 ans.

Il s’agit ainsi de permettre à davantage de personnes d’accéder à un travail suffisamment rémunérateur et stable, tout en accompagnant celles qui se trouvent éloignées du marché. La première réponse gouvernementale passe par les entreprises. La feuille de route pour l’emploi adoptée en 2025 entend agir simultanément sur la préparation des candidats et sur les possibilités de recrutement des secteurs productifs. Elle prévoit notamment un soutien à l’investissement des petites et moyennes entreprises et un renforcement du suivi interministériel des créations d’emplois.

Cette orientation répond à une limite des politiques centrées sur la formation : améliorer les qualifications ne garantit pas qu’un employeur disposera d’un poste à proposer. Pour recruter, une entreprise doit aussi avoir des commandes, une trésorerie suffisante et une visibilité sur son activité.

D’où la nécessité de relier les parcours d’insertion au développement effectif des activités économiques. Le soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises doit précisément contribuer à cette articulation. Lors du suivi de la feuille de route en avril 2026, les pouvoirs publics ont notamment examiné les conditions permettant aux TPME de bénéficier davantage des marchés publics dans l’équipement et l’habitat. L’objectif est de renforcer leurs possibilités d’activité et leur contribution à l’emploi dans les territoires.

Dans son prolongement, la note de présentation du PLF 2027 entend également faire de la commande publique un levier de développement des petites entreprises et de création d’emplois. Il est ainsi prévu la mise en œuvre effective de la part de 30% de la commande publique réservée aux TPME, conjointement avec les autres catégories prévues par la réglementation. Cette orientation s’accompagnerait de mesures destinées à préserver leur trésorerie : suivi des délais de paiement, remboursements de TVA et renforcement des garanties de financement. Le document prévoit aussi la poursuite du cadre contractuel 2026-2030 entre l’Etat et Maroc PME, doté d’un budget annuel de 100 millions de dirhams, avec un objectif d’accompagnement de 800 TPME par an. L’enjeu sera de permettre aux petites structures d’obtenir des marchés et de disposer des moyens financiers nécessaires pour les exécuter et maintenir les emplois associés.

Par ailleurs, le PLF 2027 prévoit une nouvelle prime à l’emploi adossée au programme Formation-Insertion. Elle serait versée à l’employeur en cas d’insertion définitive du bénéficiaire, sous réserve de son maintien dans le poste. Cette aide remplacerait la prise en charge par l’Etat de la part patronale de la couverture sociale, dont le taux de recours serait resté limité à environ 15% des stagiaires du programme.

Ce changement vise à mieux relier l’incitation financière à la stabilité du recrutement. Le document ne précise toutefois ni le montant de la prime ni la durée de maintien dans l’emploi exigée. Ces paramètres détermineront son attractivité pour les entreprises et sa capacité à favoriser des embauches durables.

En outre, le gouvernement prévoit également un Programme national intégré pour la jeunesse, visant à mieux coordonner formation, insertion professionnelle, entrepreneuriat et accès au logement. L’ambition est de former chaque année 100.000 jeunes en fonction des besoins des entreprises et de permettre à 100.000 autres d’acquérir une première expérience professionnelle. Les débouchés identifiés concernent notamment le numérique, l’industrie et les grands chantiers liés au Mondial 2030.

Ces dispositifs peuvent faciliter l’accès au marché du travail, mais leur dimensionnement interroge au regard du nombre de jeunes qui en sont exclus.

L’économiste Mohamed Boiti relève ainsi l’écart entre les objectifs annoncés et l’ampleur des besoins. «Le diagnostic est enfin assumé : 2,9 millions de jeunes ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Mais le programme prévoit surtout des formations et des premières expériences, environ 200.000 par an, soit moins de 7% des jeunes concernés. Ces dispositifs préparent à l’emploi; ils n’en créent pas», analyse-t-il.

L’enjeu dépasse donc la seule adaptation des compétences aux attentes des entreprises. Encore faut-il que l’économie crée suffisamment de postes pour absorber ces jeunes une fois formés. A cet égard, l’économiste met en cause la faible capacité des investissements engagés à se traduire en emplois. «Le problème est en amont : entre 2022 et 2025, l’investissement public dans les grands chantiers a dépassé 110 milliards de dirhams par an, alors que l’économie n’a créé qu’environ 94.000 emplois nets en quatre ans», fait-il savoir.

Plateforme nationale

Pour atteindre les jeunes qui échappent aux dispositifs existants, la note de présentation du PLF annonce également une plateforme nationale destinée aux 18-29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. L’inscription donnerait accès à un diagnostic individualisé, un accompagnement social et un contrat d’insertion. L’objectif est de proposer une réponse adaptée au profil de chaque bénéficiaire et de mieux articuler orientation, qualification et accès à l’activité. L’entrepreneuriat constitue une autre voie envisagée. Le soutien annoncé pour 2027 privilégierait les projets viables, présentant un potentiel de pérennité et de création d’emplois. Il associerait financement, incubation, accompagnement et suivi après la création. Un dispositif spécifique serait consacré aux jeunes agriculteurs. La sélection et l’évaluation des projets devraient ainsi davantage tenir compte de leur capacité à maintenir une activité et à générer des revenus.

La lutte contre le chômage suppose également de lever les obstacles qui empêchent d’accepter un emploi. Le transport, la garde des enfants, l’éloignement des bassins d’activité et l’accès à l’information peuvent limiter la portée des dispositifs. Ainsi, le gouvernement prévoit un programme spécifique dédié aux jeunes femmes, combinant formation, crèches, transport, possibilités de télétravail et services de proximité. Un appui à la mobilité des jeunes est également annoncé, afin de réduire une partie des charges liées à un déplacement hors de leur zone de résidence pour travailler ou se former. Il s’agit de faciliter la rencontre entre les candidats disponibles dans certaines régions et les employeurs confrontés à des besoins de recrutement dans d’autres. Le document prévoit aussi un accompagnement de la mobilité professionnelle internationale des jeunes qualifiés, à travers la préparation linguistique, l’obtention de certifications reconnues et l’accès à des contrats de travail encadrés.

La réforme de l’ANAPEC constitue, à cet égard, un autre volet du PLF 2027. Le gouvernement entend moderniser la gouvernance et les capacités opérationnelles du dispositif d’intermédiation. Le parcours annoncé comprendrait un diagnostic individuel, une orientation vers les mesures adaptées et un suivi après le placement. L’offre de services aux entreprises serait également renforcée pour répondre plus rapidement à leurs besoins de recrutement, avec un recours accru aux outils numériques. «Chaque programme doit être caractérisé par une étude d’impact et un suivi rigoureux des réalisations», nous disait à ce titre Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain pour la gouvernance et le management.

Le PLF 2027 prévoit précisément de renforcer le suivi de la durabilité des insertions. Le pilotage serait assuré au niveau de la Chefferie du gouvernement, à travers des contrats d’objectifs conclus avec les départements, les régions et les institutions. Ces contrats préciseraient les engagements, les résultats attendus, les indicateurs de performance et les responsabilités, tandis que les walis et gouverneurs contribueraient à la coordination locale.

Combien d’emplois supplémentaires ces aides permettent-elles de créer ? Combien de bénéficiaires travaillent encore six mois ou un an après leur insertion ? Quels dispositifs donnent les meilleurs résultats pour les femmes, les jeunes et les diplômés ? Ces indicateurs permettront de mesurer la portée des mesures gouvernementales. La résorption du chômage dépendra de la continuité entre les moyens mobilisés, l’activité des entreprises et les recrutements effectivement maintenus.

 

Par D.William

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