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​​​​​Relance du tourisme : Reconvertir et réinventer

​​​​​Relance du tourisme : Reconvertir et réinventer

Depuis quelques jours, une normalisation paraît se faire dans le domaine du tourisme. Le pass vaccinal exigé pour les départs et les arrivées couplées à un test PCR de moins de 48 heures était obligatoire depuis plus de deux ans, avec la pandémie Covid -19.

Et puis voilà une décision du gouvernement à effet immédiat, prise le 17 mai courant, annulant l'obligation du test PCR pour l'entrée au Maroc. Une décision prise dans le cadre de l'actualisation du protocole sanitaire national pour les voyages internationaux. Elle est liée à la stabilisation de la situation épidémiologique du COVID-I9 tant au plan national qu'international.

 Un acte un peu tardif, tout de même, alors que tant d'autres pays en Méditerranée et ailleurs avaient décidé dans ce même sens en janvier ou février dernier. Une pénalisation tout de même du tourisme national déjà fortement concurrencé par des destinations régionales ou autres... Saluons cependant cette décision qui satisfait tout le monde : les internationaux, les professionnels marocains toutes activités confondues, les MRE et les nationaux. La vocation touristique du Royaume retrouve ainsi la plénitude de sa place et de sa dimension.

Une conjoncture particulière donc illustrée par une réunion de travail, tenue le jeudi 19 mai, par le Chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, avec cet ordre du jour : la relance du secteur et la reprise de la saison touristique. La ministre en charge de ce département, elle, a fait montre d'optimisme en déclarant que le but, cette année, est «d'enregistrer un afflux mensuel de touristes égal ou supérieur à celui obtenu avant la crise».

 

Optimisme et... réalisme

De l'optimisme donc mais le réalisme est-il là ? Il faut rappeler qu’en 2019 - année de référence avant pandémie, le Maroc avait accueilli 12,9 millions de touristes; les recettes générées par les non-résidents se sont élevées à 79 milliards de DH. Ce secteur a contribué à hauteur de 7% au PIB et à 20 % aux exportations de biens et services; il emploie plus de 550.000 personnes, soit 5% de la population active. Pour l'heure, le bilan du premier trimestre 2022 dressé par la ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Economie sociale et solidaire, en réponse à une question orale à la Chambre des représentants, Fatim-Zahra Ammor s'est félicitée d'une relance marquée par des recettes touristiques en hausse de 9,7%, soit + 80%.

 

«Le Maroc, Terre de Lumière»

Le Chef de l'exécutif fait volontiers référence à une «vision» reposant sur des axes. Lesquels ? Le transport aérien avec davantage de sièges, la promotion touristique, enfin des partenariats avec des T.O. et des plateformes numériques. Il faut y ajouter d'autres volets : l'adéquation de l'offre à la demande touristique, l'encouragement des investissements dans les PME et dans le divertissement et l'animation, la valorisation des ressources humaines, ...

Après la réouverture de l'espace aérien, le 7 février dernier, un pass vaccinal et un test PCR négatif étaient nécessaires à l'embarquement. A l'arrivée au Maroc, tout voyageur devait justifier de ce protocole sanitaire, était aussi soumis à un test antigénique rapide et des tests PCR «aléatoires» seront effectués sur des groupes de passagers. Il était même prévu, pour les touristes, «la possibilité d'effectuer un test supplémentaire à l'hôtel ou au centre de résidence après leur entrée sur le territoire».

Une nouvelle campagne de communication internationale «Maroc, Terre de Lumière» vient d’être menée par l'ONMT dans une tournée baptisée «Light Tour» en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Ce sont là des marchés stratégiques à prioriser dans l'approche de relance qui se dessine. La crise sanitaire, sociale et économique liée à la pandémie Covid-19 doit être une grande opportunité pour une mise à plat du parc touristique dans toutes ses composantes (hôtellerie, transport...). L'on compte aujourd'hui 30.000 entreprises touristiques au Maroc couvrant les hôtels, les maisons d'hôtes, les restaurants et les agences de transport. Le gouvernement a dû, face à une forte mobilisation de l'industrie de ce secteur, consacrer deux milliards de DH à son soutien : un milliard pour des mesures spécifiques (indemnité mensuelle forfaitaire de 2.000 DH pour l'ensemble des employés, les transporteurs et les restaurants classés mais pas pour les 1.400 agences de voyages, report des charges dues à la CNSS, moratoire des échéances bancaires, prise en charge de la taxe professionnelle due par les hôteliers en 2020 et 2021...). Un autre milliard de DH, sous forme de subvention au secteur de l'hôtellerie : soutien de l'investissement (entretien, rénovation, formation). A la mi-mai 2022, le département du tourisme a reçu 781 demandes de rénovation des établissements hôteliers. Selon la ministre, elles «seront traitées dans les prochains jours»… Il y a lieu d'espérer que les dossiers soient finalisés et que les professionnels éligibles puissent disposer rapidement des subventions ainsi octroyées. Une rénovation d'un hôtel demande plusieurs mois...

 

Levier de développement et «Soft power»...

Il faut sauver le tourisme marocain. Mieux : le promouvoir et le consolider. Des mesures, oui bien sûr; des initiatives, aussi; mais dans la perspective d'une vision d'avenir à laquelle fait référence le Chef du gouvernement. L'investissement doit être au cœur de cette approche; l'emploi est à préserver et même à sanctuariser. Des débats ont été ouverts dans plusieurs cercles institutionnels (Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme. Société marocaine d'ingénierie touristique, avec le président de son Directoire, Imad Barrakat, et le CRT de Casablanca-Settat présidé par Othmane Alami Cherif.

Un fait est sûr : à l'international, l'«envie de Maroc» est forte : il faut aller au-devant de cette attente et de cette demande potentielle. Réinventer le tourisme national : ce doit être une préoccupation tant il est vrai que ce produit des années antérieures à la Covid-19 doit être différent. Retrouver des parts de marché perdues durant les années 2020-2021 et partiellement même en 2022, voilà l'un des axes de mobilisation. Comme l'a noté, à juste titre, le responsable de la SMIT, «le tourisme marocain doit se reconvertir, réinvestir». Une offre touristique à diversifier : mise à niveau du parc actuel, création d'écosystèmes touristiques (Nature, Famille), ciblage de nouveaux clients comme les milléniaux, ... Une dynamique où les villes impériales seront rehaussées dans les circuits touristiques; où des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO retrouvent davantage de visibilité (médinas de Tétouan, Fès, Mazagan, Essaouira, Marrakech, Meknès, Volubilis, Ksar Aït Ben Haddou, place Jemâa El Fna au titre du patrimoine mondial oral; où les petits villages et l'arrière-pays en milieu rural constituent des produits particuliers élargissant la gamme de l'offre.

Le tourisme marocain de demain ? Un socle, bien sûr, avec des fondamentaux qui lui donnent sa spécificité socio-culturale ainsi que ses atours et ses attraits; mais aussi une industrie d'avenir, vecteur de développement économique et de projection d'un Maroc qui se redéploie à l'international. Une marque bien identifiée - un «Soft power» de présence et d’influence...

 

 

 

Par Mustapha SEHIMI

Professeur de droit, politologue

 

 

 

 

 

 

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