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Hollywood : L’incubateur des grandes dérives

Hollywood : L’incubateur des grandes dérives


«Les Américains veulent envahir car ils n'ont pas d'histoire.» Disait Jean-Luc Goddard. 

Scandales, crimes, meurtres, trahisons, suicides, disparitions, vengeance, pédophilie, abus sexuels, agressions, racisme, drogues, toxicomanies, délire, folie… A Hollywood, il est très dur de rester droit dans ses bottes ou alerte et vigilante sur ses talons aiguilles sans céder aux appels d’un Tantale insidieux, sournois, gorgé de noirceur face aux projecteurs qui aveuglent et oblitèrent la vision. Très vite, les lumières font tourner les têtes.

Très vite, le fric rend irresponsable et ouvre des autoroutes sur toutes les glissades. Très vite, la célébrité monte au ciboulot et fait faire aux uns et aux autres l’impensable. Très vite, on goûte à tout, à satiété, puis on veut encore plus, de l’inédit, du jamais vu jusqu’à sombrer, comme tous ces noms qui sont sous pieds sous terre à cause de l’héroïne, de la cocaine, du fentanyl, de l’oxycodone et autres éthers stupéfiants.

On ne les compte plus les cadavres à la morgue des stars. En 2023, ils sont nombreux à avoir payé cash la rançon de la célébrité et de l’argent facile. Jetez un œil à la rubrique nécrologique du conté de Los Angeles, la liste est longue et celle des stars d’un jour l’est encore davantage: «Assis au carrefour de l'art et de la nature, j'essaie d'élucider où finit Hollywood et où commence le delirium tremens». Cette phrase de W.C Fields résume un peu l’esprit qui plane sur Hollywood, depuis sa création à nos jours, avec encore plus de dégâts, de victimes et de cadavres dans les placards.

«A Hollywood, on traite les acteurs comme des meubles dont la valeur est calculée sur l'argent qu'ils rapportent aux autres. Pour moi, c'est la meilleure définition de la prostitution», avait dit Linda Fiorentino, qui a résumé de manière cinglante toute cette braderie du sexe, toute cette pornographie de bas étage se drapant de quelques oripeaux de sensualisme primal. 

Pour une femme comme Grâce Kelly, les évidences ne souffrent aucun lifting de façade à Hollywood : «J'ai détesté Hollywood. C'est une ville sans pitié. Seul le succès compte. Je ne connais aucun autre endroit au monde où tant de personnes souffrent de dépression nerveuse, où il y a tant d'alcooliques, de névrosés et de malheurs». Ne vous laissez pas berner par les images sur papier glace des magazines à la solde de la toute puissante industrie du film. La majorité vit sous perfusion, avec cachets pour dormir, pour copuler et pour se lever du lit. La majorité est défoncée 24h /24 et 7j/7.

Lisez les chroniques de LA au quotidien. On y parle d’une hécatombe humaine en flux tendu. C’est très loin de l’image satinée derrière les écrans avec des visages qui font fantasmer certains. Anorexie, boulimie, aérophagie sentimentale, aigreurs, ulcères et furoncles, sans oublier les lendemains qui déchantent et les hémorroïdes qui vont avec.

On se souvient de cette saillie d’Anthony Quinn en 1996 disant que «Le sexe est si facile quand vous êtes acteur, surtout à Hollywood. Ce n'est pas plus compliqué que d'acheter un hamburger». Et comme le burger, la chair est douteuse et dangereuse. Elle peut être mortelle aussi. «L'échelle du succès à Hollywood est généralement un attaché de presse, un acteur, un réalisateur, un producteur, un homme principal; et tu es une star si tu couches avec chacun d'eux dans cet ordre. Brut, mais vrai», précise Hedy Lamarr qui donne là une définition on ne peut plus correspondante aux réalités, surtout quand on se penche sur les dizaines de procès en cours pour agressions sexuelles et pour viol caractérisé. La cité du rêve montre son visage de cité du cauchemar où tant de rêves se sont fracassés sur les portes blindées des studios.

Pourtant, la réclame fait toujours des émules et la propagande suit son cours comme ce genre d’affirmations hilarantes sous les lèvres d’une actrice telle que Angelina Jolie disant sans sourciller : «Je veux ressentir le feu et l’énergie. J’ai envie de continuer mon apprentissage aux côtés des grands de Hollywood.» Quel feu ? Et quelle énergie ? Et de quels grands parle-t-elle ? Il faut croire que certaines illusions ont la peau dure malgré le fait que des propos comme ceux-ci sont racoleurs pour des milliers de jeunes sans expérience, qui affluent à la cité promise et finissent dans la rue, assommés à vie. 

Sur un autre plan, encore plus cruel et dévastateur, c’est  Marlon Brando qui a allumé la mèche et il l’a payé très cher en levant le voile sur une vérité imparable : «Hollywood est géré par les juifs. Il appartient aux juifs». Ajoutant que «les juifs contrôlent Hollywood et l’utilisent pour promouvoir leur propre agenda». On peut aisément comprendre alors la traversée du désert de l’acteur après de telles affirmations. Cela fait écho aux paroles de John Travolta qui connaît la chanson : «Hollywood est contrôlé par des hommes juifs homosexuels qui attendent des faveurs en échange de relation sexuelle». Là encore, la liste des producteurs connus et surpuissants qui ont détruit des vies est longue. Le plus célèbre d’entre eux est monsieur Weinstein à qui acteurs et actrices devaient faire des génuflexions pour durer dans cette machine infernale qu’est Hollywood: «Certaines jeunes starlettes d'Hollywood me font penser à l'ancienne ferme de ma grand-mère - toute peinte à l'avant, une grande balançoire à l'arrière et rien du tout dans le grenier», soulignait Bette Davis.

Ces propos trouvent écho dans celles de Jack Nicholson : «J'ai appris il y a longtemps à Hollywood que la seule personne pour laquelle je devrais voter est moi-même». C’est dire le climat de méfiance, de suspicion, de supercherie qui plane sur cette ville: «On m'a proposé une villa gratuite à Hollywood, mais j'ai dit non merci, je préfère vivre en Italie», disait ce cher Ennio Morricone. Car, il faut être timbré pour aller vivre dans ce territoire que de nombreuses figures du cinéma qualifient d’asile de fous et de bordel à ciel ouvert. 

Quant au cinéma, au messages intellectuels, aux valeurs, à l’art, il ne faut pas être dupe ni crédule. Hollywood produit de la dope et de la guimauve en série. Films tronqués, productions approximatives, messages douteux servant de caution morale pour le militarisme, pour l’hégémonie du blanc, pour la guerre, les invasions, le culte du héros à qui tout est permis, aux mensonges flagrants dns une réécriture de l’histoire d’après les vainqueurs.

Le tout dans un totalitarisme idéologique abjecte: «Hollywood ? C'est une usine où l'on fabrique dix-sept films sur une idée qui ne vaut même pas un court métrage», comme l’a bien résumé un personnage comme Woody Allen. Conneries en série, bêtises en cascade, indigence cognitive déguisée en comédies, le tout livre au kilos pour des consommateurs décérébrés : «Hollywood a cette maladie de vouloir tout expliquer et de se complaire dans le sentimentalisme», avait dit un réalisateur comme Alfonso Cuarón.

C’est ce qui explique largement la pauvreté de ce cinéma qui dirige le monde  à coups de mensonges, de falsification, de propagande, de dérives à tous les niveaux : «En Europe, un acteur est un artiste. À Hollywood, s'il ne travaille pas, il est un clochard», ironisait avec acidité Anthony Quinn. Une vérité à laquelle repond celle-ci : «La plupart des gens qui ont réussi à Hollywood sont des échecs en tant qu'êtres humains», conclut ce cher Marlon.

Abdelhak Najib 
Écrivain-journaliste 

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